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Morin, Jean - Nesmond, André

Jean Morin ou l’aventure d’un chantier naval bordelais - par Alain Lefrais (novembre 2013)

Jean Morin est né en 1927. Ebéniste de formation, il commence à travailler comme apprenti à 14 ans. Installé à son compte dans le quartier des Chartrons à Bordeaux, il pratique son métier avec passion lorsqu’en 1959 un représentant en colle lui propose un nouveau produit. Il décide alors de construire des bateaux en contreplaqué et en particulier le Mousse qui est un dériveur léger de  3,90 mètres et qui se prête bien de par ses formes à une construction en bois. La rencontre au 1° Salon Nautique à Paris sur les quais de la Seine avec le grand animateur de la série, Francis Mouvet, sera déterminante. Ce dernier incite Jean Morin à construire des Mousses. Les bateaux se révèlent très vite performants, construits avec soin et d’une grande qualité. Et pourtant l’atelier est exigu à tel point que Jean Morin est obligé de demander à son voisin, un pharmacien, de pratiquer un trou dans le mur pour pouvoir fabriquer les mâts en spruce. Il faut se résoudre à quitter les lieux et notre constructeur va demander à son père de lui céder un morceau de terrain à Pessac dans la banlieue bordelaise pour bâtir une véritable usine. A côté du Mousse d’autres bateaux de série seront produits, notamment le Corsaire, petit quillard de 5,50 mètres qui sera un succès commercial et qui participera grandement à la démocratisation de la petite croisière côtière. C’est alors le début du polyester. Dès 1960, Lanaverre, autre chantier naval bordelais, va construire le 420 en plastique. En 1962 Jean Morin fait la connaissance au Salon Nautique de Paris d’André Cornu architecte naval qui vient de dessiner un dériveur de 4,70 mètres, bateau du juste milieu entre le 420 conçu au départ comme bateau école de voile et le 505, dériveur de compétition exigeant sur les plans technique et physique. Le premier 470 sortira en 1963 et sera présenté par l’architecte et le constructeur à Quiberon. Les premiers pratiquants seront conquis et très vite le bateau sera construit en série. 100 unités sortiront du chantier Morin la première année ; en 1970, 10 bateaux par jour seront construits. C’est dire le succès immédiat qu’a connu ce dériveur. Très rapidement le 470 va séduire de nombreux régatiers français et étrangers – en particulier des Belges et des Suisses. Parmi  eux le fils de l’architecte, Jean Claude Cornu est un fin barreur. Déjà champion du Monde en 505 et sélectionné olympique sur Flying Dutchman à Rome en 1960, il forme avec Jean Morin un redoutable équipage en 470. En 1964 ils participent à de nombreuses régates et à l’épreuve « Un par Série » à Maubuisson qui permet de comparer les performances des différents dériveurs. Cette même année la Fédération Française de Voile – encore dénommée Fédération Française de Yachting à Voile- affilie le 470 avant sa reconnaissance en tant que classe nationale. Sur le plan technique le bateau évolue. L’architecte André Cornu modifie les formes avant du bateau. Il demande alors à Jean Morin, qui avait déjà vendu plus de 300 bateaux, de refaire de nouveaux moules à la charge de l’entreprise. Malgré le coût élevé de l’opération, l’industriel bordelais se laisse convaincre et continue l’aventure. Le marché se développe à l’exportation en Europe d’abord – Suisse, Belgique, Allemagne, Grèce, Italie,…- et en Afrique Francophone – Maroc, Algérie, Côte d’Ivoire, Madagascar, Sénégal, …- mais également au Canada, au Guatémala, en Israël. L’année 1966 marque la fin du monopole de construction du 470 par le chantier Morin. Le chantier belge Alca est agréé par l’association des 470, puis l’Espagnol Roga et l’Italien Nautivela. Jean Morin, tout occupé à promouvoir son dériveur fétiche et à gérer l’expansion de son entreprise, n’a pas pris la précaution de demander l’exclusivité de construction et une redevance sur chaque bateau construit. Malgré cela le rythme de fabrication ne cesse d’augmenter jusqu’à sortir 1500 bateaux par an. Mais le succès très rapide est délicat à maîtriser pour une petite structure familiale. Le premier choc pétrolier de 1973 aura des conséquences importantes sur l’entreprise ; le coût des matières premières (résine polyester, tissu de verre, etc..) augmente considérablement. Par ailleurs, Jean Morin propose d’autres bateaux qui n’auront pas le même succès que le 470 : Le « mini Morin » petit dériveur pour enfants, destiné à prendre le relais de l’Optimist, n’aura pas une grande diffusion malgré ses qualités nautiques ; Quelques «  Flying Dutchman », dériveur olympique à 2 équipiers, sortiront du chantier mais sans grand succès ; Le «  4 m » malgré sa diffusion dans les écoles de voile ne connaîtra pas l’engouement de son grand frère ; Le « 430 » concurrent direct du 420 sortira trop tard sur un créneau déjà occupé par le bateau construit chez Lanaverre. Le nombre important de séries à diffusion limitée ne permet pas d’amortir les frais de lancement des nouveaux modèles. Le manque de trésorerie se fera cruellement sentir. C’est à cette époque en 1976 que Yachting France, filiale du groupe Dubigeon Normandie, rachète l’entreprise Morin en même temps que Lanaverre. Jean Morin aura vécu pendant 15 ans une formidable expérience humaine et industrielle. Après l’aventure dans le secteur du nautisme, Jean Morin assurera sa reconversion dans l’immobilier de loisir en particulier à Saint-Lary et à Piau Engaly mais aussi à Hourtin Plage et Hourtin Port ainsi qu’à Bordeaux. A l’issue de cette longue vie d’entrepreneur, il prendra sa retraite à l’age de 62 ans en profitant de ses temps de loisir pour s’adonner entre autre à sa passion de la chasse. Sur le plan sportif, Jean Morin a été un athlète complet. Très jeune il pratique de nombreux sports avec succès. Son aventure dans la construction nautique l’amène bien entendu à s’adonner au plaisir de la voile en 470. A 36 ans il régate avec Jean Claude Cornu, le fils de l’architecte, avec lequel il sera 3 fois champion de France. Ils participent ensemble à de nombreuses compétitions nationales et internationales sur les plans d’eau européens. En 1966 ils termineront 3° du premier Championnat d’Europe organisé à Boulogne sur Mer. L’année suivante, sur le plan d’eau de Lacanau qu’il connaît si bien, l’équipage ne pourra faire mieux que 4°. Le 470 aura attiré les plus grands régatiers français de leur génération : Michel Briand, maître voilier rochelais, sélectionné olympique, vainqueur de nombreuses épreuves en quillard, a longtemps régaté en 470. Les frères Pajot débutent à 13 ans sur ce dériveur avant d’obtenir une médaille d’argent aux Jeux Olympiques de Munich. Marc Bouet a été 3 fois champion d’Europe, 1 fois vice champion d’Europe avant de connaître la sélection à 4 Jeux Olympiques et avoir été le barreur du défi français lors de 2 Coupes de l’América avec Marc Pajot Les frères Follenfant ont été champions d’Europe et 2 fois vice champions du Monde en 470 avant de connaître la consécration en course au large Jean François et Claire Fountaine ont été médaillés de bronze au championnat du Monde avant d’être sélectionnés olympiques et de remporter de nombreux titres en 470  pour Claire et en course au large pour Jean François Les frères Péponnet ont été vice champions d’Europe puis champions du Monde et champion Olympique pour Thierry équipé par Luc Pillot De nombreuses fratries ont navigué sur ce dériveur si bien adapté aux gabarits moyens, aux équipages mixtes et depuis 1985 aux féminines. En 1972 au Championnat du Monde à Montréal, les médaillés d’Or, d’Argent et de Bronze étaient des équipages de frères jumeaux. Le succès du 470 ne se démentit pas. Sa longévité sportive est exceptionnelle. Série olympique depuis 1976, il participera à ses 11° Jeux Olympiques à Rio en 2016. Aucun autre voilier n’aura été choisi aussi longtemps pour représenter le haut niveau. Jean Morin peut être fier de son bébé. Il a grandi avec lui, il a muri à ses côtés et il continue son aventure sans son « géniteur » qui veille de loin, dans sa demeure de Pessac, à la poursuite de l’aventure commencée un jour de 1963 dans la région bordelaise. Alain Lefrais  Novembre 2013

NESMOND (André, Marquis de -) - (Bordeaux, 1640 - La Havane,11-6-1702) —  (extrait de P. Levot & Doneaud A. - Les gloires maritimes de la France –

Arthus Bertrand, Paris, 1866).

Lieutenant-général des armées navales, né, vers 1640, à Bordeaux, était fils d'un président au parlement de cette ville, et appartenait à une famille noble de l'Angoumois. Lieutenant de vaisseau, en 1662, capitaine, en 1667, chef d'escadre, en 1688, il déploya de bonne heure des talents remarquables, et se distingua dans toutes les guerres maritimes du règne de Louis XIV. A Béveziers, ayant son pavillon sur le Souverain, il commandait la première division du corps de bataille, fit plier l'avant-garde hollandaise dont une partie s'était jointe à l'escadre rouge pour accabler Tourville, contribua en grande partie au gain de cette journée et coopéra à la descente de Teignmoulh. A la Hougue, il commandait la première division de l'avant-garde sous les ordres d'Amfreville, et montait le Monarque. De concert avec son chef et Relingue, il tint en échec, jusqu'à la fin de la bataille, l'avant- garde hollandaise. Dans la déroute, il alla mouiller à la Hougue, d'où il repartit, la veille de l'arrivée de Tourville, laissant seulement ses deux navires les plus maltraités, fit, avec les trois autres, le tour des îles Britanniques, et revint à Brest, sans encombre. Lieutenant-général des armées navales en 1693, chevalier de Saint-Louis, l'année suivante, il croisa, en 1695, avec une escadre, dans la mer d'Irlande, et y enleva deux navires marchands valant 10 millions, après avoir coulé le vaisseau qui les escortait. L'année suivante, rencontrant, au cap Finistère, la flotte marchande d'Ostende, composée de huit navires, sous la protection d'un vaisseau, il enleva l'escorte et la plus grande partie du convoi. En 1697, croisant dans les parages de Terre-Neuve, il captura encore trois navires anglais richement chargés. Commandeur de Saint-Louis, en 1700, il mourut deux ans plus tard, à la Havane (11 juin 1702), au moment où il allait être promu au maréchalat. — Un de ses fils, le chevalier de Nestnond de Brie, parvint au grade de chef d'escadre, et mourut, en 1751, commandant de la marine à Brest.
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