Bordeaux Aquitaine Marine

Commerce du vin en 1851

Bordeaux a été le centre d'un grand commerce maritime, ayant clé pendant le dernier siècle la première ville commerçante de la France : 300,000 tonneaux de vins récoltés chaque année sur son vaste territoire lui fournissaient des moyens d'échange avec tous les peuples, alimentaient son commerce et sa navigation, tandis que des bàtimens du port de 100,000 ton. servaient à l'exportation. Bordeaux faisait aussi un commerce très actif avec les colonies, et fournissait à une grande partie de la France des denrées coloniales, et surtout le sucre de ses raffineries. Mais aujourd'hui, par l'effet des circonstances, elle exporte à peine 40 à 50,000 tonneaux de vin, et l'industrieuse Marseille a pris le pas sur Bordeaux dans le commerce des colonies françaises ; on peut en dire autant du Havre. Cependant la situation avantageuse de Bordeaux sur l'Océan atlantique lui ouvre des communications directes avec le nord de l'Europe, les deux Amérique et avec les Indes; d'un autre côté, le fameux canal de Languedoc lui permettant de communiquer avec le Midi et le Levant, en fait une des places les plus importantes du commerce de la France. L'industrie y est florissante; on y trouve des fabriques d'eau-forte, de faïence, de verre blanc, des corderies pour la marine, des papeteries, pelleteries, quincailleries, armureries, joailleries, orfèvreries, etc. Commerce d'exportation. La branche de commerce la plus importante est celle des vins et des eaux-de-vie, qui forment aussi les principaux objets d'exportation. Le produit des vins du dép. de la Gironde est évalué à une moyenne par année de 220 à 250,000 ton., qui sont distribués de la manière suivante:                Consommation du département : environ 50,000 ton.                 Expédiés dans les différens ports de France 125,000                 Convertis en eau-de-vie 25,000                 Exportés à l'étranger 50,000  TolaI 250,000 ton. Les exportations se divisent ainsi :                En Angleterre de 1,500 à 2,000 ton.                 en Hollande 12,000 à 15,000                 Dans le N. de l'Europe. 27,000 à 34,000                 Amér., et Indes occid.  1,000  à1,200  Total  de 41,500 à 52,200 ton. Les vins rouges se divisent eu trois classes, chacune subdivisée en plusieurs sortes ou qualités. La 1ère classe comprend les vins de Médoc, la 2e les vins de Grave et de Saint-Emilion, la 3e  les vins communs ou d'expédition. La première classe comprend les vins des grands crus bourgeois et des crus ordinaires : les grands crus sont distingués en 1ère , 2e  et 3e  sortes. Les premiers sont ceux de Châleau-Margaux, Lafitte, Latour et Haut-Brion ; ce dernier est, à proprement parler, un vin de Grave, mais il est toujours classé parmi les vins de Médoc.
La deuxième se compose des vins de Rauzan, Léoville, Larose, Mouton, Gerse, etc. La troisième classe comprend les vins des vignobles voisins des crus ci-dessus, et qui, par leur qualité, en sont peu différens.  La quantité des vins des grands crus n'excède pas annuellement 3,000 ton., qui se vendent de, 1,600 jusqu'à 3,500 fr. par ton. sur la lie.  Les vins des crus bourgeois sont ceux des qualités supérieures de Margaux, Saint-Julien, Pauillac, Saint-Estephe, etc., dont la quantité est estimée à 2,500 ton., aux prix de 800 à 1,800 fr. le tonneau.  Les crus ordinaires se vendent de 300 à 700 fr. le tonneau, suivant l'année et la qualité ; la quantité est de 25 à 35,000 ton. Par conséquent la quantité totale des vins de Medoc est d'environ 40,000 ton. La préparation des vins des grands crus et des crus bourgeois exige les soins de quatre années avant d'être livrés à la consommation ou au commerce d'exportation ce qui augmente leur prix de 30 à 35%  La deuxième classe se compose des vins rouges de Grave et Saint-Emilion, qui sont en plus grande quantité ; il y en a qui sont d'une qualité supérieure que l'on mélange quelquefois avec les vins de Médoc. Les prix de la première qualité de ces vins sont de 800 à 1,800 fr. le ton. ; la deuxième qualité, Queyries, Monferrand, Ressans, etc., sont de 300 à 600 fr. le ton.  La troisième classe comprend les vins communs d'expédition , dont la plus grande quantité se consomme dans le pays, ou bien sont convertis en eau-de-vie : la portion que l'on exporte est celle de 1'année précédente de la récolte de son envoi : les prix sont de 100 à 200 fr. le ton. Les vins blancs des premiers crus, tels que ceux du Haut-Barsac, Preignac, Beaumes, Sauterne, etc. ne sont propres à l'usage qu'au bout de 4 à 6 ans, et pour 1'exportation 1 à 2 ans de plus. Les prix sur la lie varient de 800 à 1,500 fr. par ton.     Les grands crus des vins blancs de Grave, tels que ceux de Saint- Briès, Carbonieux, Dulamon, etc. se vendent dans les bonnes années de 500 à 800 fr. Les vins blancs inférieurs de 150 à 400 fr. le ton.     Les marchands achètent les plus délicats des meilleurs crûs aussitôt qu'ils peuvent s'assurer de la qualité de la récolte, et souvent les récoltes de plusieurs années, bonnes ou mauvaises, qu'ils déposent dans leurs chaix  pour les clarifier et bonifier leur qualité, ou pour faire le mélange avec d'autres vins des crus voisins qui diffèrent peu en qualité.    L'Angleterre fait l'acquisition à peu près de la moitié des vins du plus grand prix, et d'une peine quantité des autres qualités. A l'exception de Bordeaux même, on ne consomme que fort peu de vins de Médoc de première qualité en France ; la capitale même ne demande que de la seconde et troisième qualité.  Les Hollandais font leurs achats d'une manière plus économique, en pénétrant avec leurs vaisseaux jusque près des endroits des crus où ils font emplette des vins nouveaux sans mélange, à des prix plus modérés qu'ils ne pourraient les acheter des marchands de Bordeaux.  Les vins d'expédition ou de cargaison sont les vins les plus communs qui ne valent, rendus à bord , que de 50 à 60 fr. le ton. On les envoie surtout en Amérique, aux Indes et dans le nord de I'Europe; ces derniers étant d'une meilleure qualité sont aussi à un plus haut prix.

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extrait du Dictionnaire universel du commerce, de la banque et des manufactures – Paris, Dalahays, 1851, p 267

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