Bordeaux Aquitaine Marine

Les basques et la baleine à la Renaissance

 1. Les origines de la pêche à la baleine

 extrait du site de l'IFREMER : http://www.ifremer.fr/lth/baleine.php

On sait que Grecs et Romains honoraient les cétacés et, en particulier, les dauphins qui les aidaient dans leurs pêches. Il semble

que la pêche à la baleine n'apparaisse de façon organisée que vers le Xe siècle au Japon, et au XIe sur les côtes basques. L'influence

du bouddhisme a freiné son développement en Asie. Elle a été pratiquée en Manche et sur les côtes de Flandres dès le IXe siècle.

Les baleines étaient présentes en nombre important dans ces eaux vers l'an 1000 et étaient encore très nombreuses au début du

XVe siècle.

A cette époque les baleines étaient considérées

comme des poissons ("poissons à lard" ou

"crapois"). Les Basques exploitèrent d'abord les

individus qui s'échouaient en nombre sur leurs

côtes. La viande et le lard de la baleine étaient très

prisés, la graisse servait à faire de l'huile pour

l'éclairage, sans oublier les fanons utilisés pour la

décoration et bientôt pour la corsetterie. Quant au

cachalot, cétacé à dents, également abondant dans

le golfe de Gascogne, il produit moins d'huile, mais

fournit d'autres ingrédients précieux : le blanc de

baleine dont on fait des bougies et l'ambre gris

utilisé en parfumerie.

Puis les Basques prirent la mer, sur des navires de

mieux en mieux équipés, pour harponner ces

animaux, tout d'abord près de leur côtes et bientôt

plus au large, au fur et à mesure que les baleines

s'éloignaient, fatiguées très probablement par la guerre acharnée qu'on leur faisait.

Les Basques partirent alors à travers l'Atlantique pour rechercher ces riches proies qui fuyaient.

 2. Les pêcheurs basques en Nouvelle-France au XVIème siècle

 Extrait de "les basques, des maîtres pêcheurs" de Mario Mineault in http://www.encyclobec.ca/main.php?docid=94

 Le manque d’espace conduit les jeunes gens du Pays Basque à se tourner vers la mer. Une grande partie d’entre eux se retrouvent,

dès le XVe siècle, engagés comme équipiers sur des navires de commerce, des morutiers et des baleiniers. D’abord à l’œuvre dans

le golfe de Biscaye, ils gagnent rapidement l’Atlantique. En 1534, ils patrouillent la côte nord du golfe Saint-Laurent et, bientôt

intégrés au mouvement de colonisation de la Nouvelle-France, ils s’allient aux entreprises du Nouveau Monde en qualité de

maîtres pêcheurs.

Lorsque Jacques Cartier arrive dans le détroit de Belle-Isle en 1534, il signale, sans cependant le clamer trop fort, une présence

basco-espagnole dans les eaux  qu’il sillonne. Les noms de lieu, comme Cap de Bonavista, et plus loin de Cap Pratto, parlent d’eux-

mêmes. Des documents d’époque livrent aussi le nom des havres fréquentés par les gens de l’Euskarie : Puerto de los Hornos,

Butus, Ballenne, Puerto Breton. Toute la côte ouest du Pays Basque envoie des navires pêcher outre Atlantique, dont Bayonne,

Ciboure et Saint-Jean-de-Luz. San Sebastian, Bilbao et Santander, en Espagne, fournissent également leurs contingents de

pêcheurs.

En 1571, la Guipuzcoa envoie à elle seule douze navires à la chasse à la baleine en Amérique et onze autres à la pêche de la morue

sur les bancs de Terre-Neuve. Red Bay (Butus), dans le détroit de Belle-Isle, voit débarquer 600 pêcheurs chaque année alors que

d'autres morutiers basques pénètrent à l'intérieur du golfe Saint-Laurent. En 1587, Charles Leigh trouve ainsi 150 pêcheurs de

Ciboure en train de travailler aux Iles-de-la-Madeleine. Mais ce mouvement de population, outre le fait qu'il est saisonnier et

ramène les pêcheurs à leur port d'attache, n'affecte que la main-d'œuvre masculine et ne favorise pas encore le développement

de colonies permanentes. C’est plutôt au plan professionnel que les Basques s’intègrent au Nouveau Monde.

Partis à la quête des richesses halieutiques nord-américaines, les pêcheurs basques ne tardent pas à suivre le mouvement de

colonisation des terres nouvelles. Ils sont présents à Plaisance en 1660 puis à Louisbourg, sur l'Ile-Royale (île du Cap-Breton, N.E.),

au moment où, en 1713, la France cède l’île de Terre-Neuve à sa rivale l’Angleterre. D'autres s'installent sur les îles du golfe Saint-

Laurent et les côtes de la Gaspésie (P.Q.). En 1659, Pierre Peyrelongue, un marchand de Bayonne dont les navires joignent le

détroit de Belle- Isle, envoie des pêcheurs à la Grande-Entrée, aux Iles-de-la-Madeleine.

Sur la frange continentale, la Gaspésie offre des sites de transformation du poisson en nombre suffisant pour tous. À Percé, Nicolas

Denys, seigneur des lieux de 1653 à 1688, note la présence de nombreux équipages basques. «Entre tous ceux qui d'ordinaire font

cette sorte de pêche, écrit-il dans un ouvrage qui fait autorité, les Basques sont les plus habiles». À la génération suivante, les

anses de Pabos et de Grande-Rivière attirent plusieurs de leurs navires.

En 1729, quand les Canadiens Lefebvre de Bellefeuille prennent possession de leur seigneurie, ils doivent déplacer des équipages

qui ont pour habitude de s’y installer, mais ils s’entendent par la suite pour leur louer des espaces de séchage. Dans les décennies

suivantes, de nombreux immigrants basques s'implantent à ces deux endroits et un courant commercial direct se tisse entre le port

de Bayonne et cette partie de la côte de Gaspé.

La présence basque revêt une importance significative pour la Nouvelle-France. D’abord, la nature même du produit qu’est la

morue séchée-salée leur est redevable. Ce sont en effet eux qui ont mis au point ce procédé de conservation, qui répond le plus

adéquatement aux conditions de transport de l’époque et correspond aux goûts de leur clientèle méditerranéenne. Par ailleurs, tel

que le souligne Nicolas Denys, les Basques ont amené avec eux un costume de travail si pratique que les Canadiens vont

l’emprunter. Ainsi, les Basques montrent non seulement la voie aux Canadiens pour la préparation de ce type de poisson, mais

indiquent en même temps un marché potentiel pour leur production.

Aux premiers temps de leur arrivée sur les côtes de la Gaspésie, plusieurs des marins et pêcheurs basques travaillent à leur

compte. Martin Dinargue, originaire de Bayonne, s’installe à Gaspé dans les années 1730. Marié à une Canadienne, il œuvre au

sein de sa belle-famille, les Arbour, et s’intègre au circuit commercial colonial. Ainsi, dans les années 1750, il loue une goélette à

l’entrepreneur local Pierre Revol et pêche pour son propre compte sur le Banc des Orphelins.

Le paiement de sa location en morue séchée à la Grande-Grave de Gaspé présage déjà de relations d’affaires qui seront en vigueur

aux XVIIIe et XIXe siècles chez les compagnies jersiaises. Joseph Caillabet, Pierre Chevery et Raymond Detchepart sont aussi de

ceux-là. Ils pêchent où bon leur semble sur la côte gaspésienne et livrent leur morue à Joseph Cadet au Mont-Louis. Plus tard,

intégrés aux pêcheries coloniales, ils assurent le support nécessaire à la bonne marche des entreprises et introduisent des

procédés que les coloniaux n'ont qu'à assimiler.

3. La pêche à la baleine au XVIIIème siècle

 extrait du Dictionnaire du commerce et des marchandises - Paris 1841.

 Nous ne jetterons donc qu'un coup-d'oeil rapide sur l'ancienne pêche et l'ancienne exploitation; nous ne remonterons même pas

à une époque antérieure à l'année 1760, et nous chercherons nos documens à de meilleures sources.

Déjà, à cette époque, les armateurs de Saint-Jean-de-Luz qui avaient eu l'habitude d'envoyer à la pêche de la Baleine, jusqu'à 30

navires de trois à quatre cents tonneaux chacun, ayant éprouvé de grandes pertes, avaient été forcés de renoncer à cette

navigation. Bayonne n'avait plus qu'un baleinier annuellement au lieu de 6 ou 7. Quelques années plus tard, le nombre des

baleiniers de ce port étaient de 4 ; 2 de ces navires avaient coutume de se diriger vers les côtes du Groenland et les deux autres

vers le détroit de Davis.

A l'époque dont nous parlons, on évaluait comme suit à Bayonne les frais d'armement. La dépense pour la

construction et mise hors d'un navire de 75 pieds de quille sur terre, et qui doit jauger 350 tonneaux, y compris

les vivres, les instrumens pour la pèche, comme le harpon, les lances, les couteaux pour dépecer la baleine,

d'autres couteaux pour hacher le lard et le mettre en petits carreaux, pour le fondre, les funins pour la baleine;

les calletaux, autre cordage fin et délié attaché au harpon ; la chaudière pour la fonte, les cuillers et les

entonnoirs de cuivre, les futailles, dont il en faut avoir au moins 700, pour recevoir l'huile; la terre pour

construire le four; les avances à l'équipage, qui étaient ordinairement de 50 écus par homme. Un tel navire sous

voiles, avec les six chaloupes nécessaires, coûtait environ 94,000 fr.

Pêcheur basque (Archives Nat. du Canada)  Le costume du pêcheur basque est fait d’une peau de mouton

retournée et huilée.

Les armateurs de Bayonne construisaient ces navires en frégates, en leur donnant la plus grande légèreté possible, pour pouvoir

bien bouliner, et se tirer du péril entre les glaces. Voilà quelles étaient les proportions adoptées dans la construction. Un navire de

75 pieds de quille devait être tiercé par sa largeur, c'est-à-dire avoir 25 pieds de baut[1], 10 pieds de cale sous barrots, ou tout au

moins 9 pieds 1/2, et 4 pieds cl 1/2 d'entrepont. L'équipage était composé d'un capitaine, un pilote, un contre-maitre , un

chirurgien, six harponneurs, six maîtres de chaloupe, quatre charpentiers, quatre tonneliers, un dépensier, trente-quatre matelots

et cinq mousses ; total 64 hommes. Si le capitaine, le pilote et le contre-maitre étaient eux-mêmes harponneurs, cela réduisait

l'équipage à 61.

A Bayonne on était dans l'usage d'engager tout l'équipage à la part. Il avait la moitié de l'huile, et tous les fanons appartenaient à

l'armateur, qui, ordinairement, rachetait la part d'huile de l'équipage au prix du cours à l'arrivée du navire en retour. Cette somme

lui était payée sous la déduction des avances reçues et de 95 pour 100 de grosse sur ses avances.

Le capitaine, outre sa part dans la moitié de l'huile, recevait de l'armateur une gratification proportionnée au succès de sa pèche,

et il avait droit à un quintal de fanons par 100 barriques d'huile. Les officiers mariniers et charpentiers recevaient 20 piastres par

100 barriques d'huile, pour gratification. On estimait à Bayonne, à l'époque dont il est ici question, que les frais étaient couverts

quand un navire rapportait du détroit de Davis le produit de 3 moyennes baleines ou de 4 du Groenland. Mais ceci ne doit

s'entendre que du second voyage et des voyages subséquens, lorsqu'il n'y avait plus à faire que les frais ordinaires d'armement,

montant à environ 24 mille fr. pour chaque expédition.

Temps du départ pour la pêche et du retour.

Les bâtimens destinés au détroit de Davis partaient de Bayonne à la fin de février ou au commencement de mars. Ceux qui allaient

au Groenland partaient du 15 au 20 mars ; tous devaient rentrer en août et septembre : mais l'époque du retour dépendait

principalement du succès de la pèche. Quand elle avait été heureuse, on les voyait revenir au commencement d'août. Si elle avait

été défavorable aux navires du Groenland, ils s'arrêtaient ordinairement à l'isle Island pour y pêcher quelques baleines dites

sardes, ce qui ne leur permettait guère de rentrer à Bayonne que vers le 20 septembre.

Les frais de désarmement étaient comptés pour peu de chose.  Vers la même époque (1760), la pêche des Hollandais offrait bien

d'autres résultats. Ils employaient à cette pèche des navires de 380 à 400 tonneaux, à qui ils donnaient 6 à 7 chaloupes, et

seulement 45 à 48 hommes, attendu que les baleiniers hollandais étant taillés en flûtes , il leur fallait moins d'hommes pour les

manœuvrer que les frégates de Bayonne.

4. Progrès et déclin de la pêche à la baleine et à la morue

 Extrait du livre de Jean Baptiste Bailac, Nouvelle chronique de la ville de Bayonne, par un Bayonnais, imprimé chez Duhart-

Fauvet,Bayonne,1827.

   Jusqu'au milieu du seizième siècle, l'état politique de l'Europe,

et une espèce de voile mystérieux jeté sur les voyages dans les

mers d'Islande,avaient laissé aux Basques la jouissance presque

exclusive de la pêche des baleines, ce qui avait été pour eux une

source de prospérité.  Nous avons vu qu'en 1558 Saint- Jean de

Luz était devenu un lieu remarquable par la beauté de ses

édifices, et l'activité de ses armenens maritimes. Lorsqu'un

nouvel esprit répandit partout la lumière, les Anglais et les

Hollandais, guidés par des pilotes basques qu'ils avaient engagés

à leur service, s'introduisirent dans la carrière. Ils y firent en peu

de temps des progrès considérables, à la faveur surtout de leur

position géographique, et du régime économique de leur

navigation.

Vers l'année 1620, les armemens des Basques s'étaient fort

ralentis, et paraissaient tendre à une fin prochaine. Dans ces

circonstances, un de leurs vaisseaux, poussé vers les côtes du

Groenland, y obtint les plus brillans succès. Ce fut le signal du

renouvellement des expéditions. Jusqu'à la fin du dix-septième siècle, il partit presque tous les ans des ports du Labourd quarante-

trois vaisseaux , chacun de deux cent vingt à deux cent quatre-vingts tonneaux ; avec cinquante ou soixante hommes d'équipage.

L'abondance des produits fut telle dans cet intervalle, qu'elle fit imaginer l'usage de fondre les baleines en mer. Cependant,

quoique le théâtre des pêches basques eût été reculé graduellement jusqu'au détroit de Davis, elles ne purent échapper aux

atteintes qui avaient une première fois causé leur ruine. La concurrence des Anglais et des Hollandais les fit tomber

insensiblement. Le peu de vaisseaux qu'elles occupaient en 1741 furent pris par les Anglais. 

En 1782, Mr de Laborde, banquier de la cour, forma le dessein de rendre à Bayonne cette branche d'industrie. Il arma à ses frais

deux navires, qui firent deux campagnes, dont l'une fut absolument infructueuse. La seconde, y compris une prime de quarante

francs par barrique d'huile accordée par le Roi, produisit seulement les trois quarts des frais de l'armement d'un seul des navires.

Nous avons fait mention de la perte que les habitans de Capbreton firent en 1568, de dix vaisseaux chargés, revenant du grand

banc de Terre-Neuve ; par où l'on peut voir que les Basques avaient pratiqué à la fois, et avec une égale persévérance, la pêche de

la baleine et celle de la morue. Cette dernière éprouva comme l'autre de grandes vicissitudes de fortune.

Pendant une partie du dix-septième siècle, les ports du Labourd envoyaient annuellement à Terre-Neuve soixante-dix vaisseaux de

quatre-vingts à deux cents tonneaux. En 1764, il ne partit que onze vaisseaux. En 1789, le nombre s'éleva à quarante-quatre,

portant ensemble quatre mille cinq cents tonneaux. Il existe dans cette carrière tant de circonstances contraires aux Basques, qu'il

faut s'attendre à la leur voir abandonner peu à peu. Le gouvernement prodigue les primes et les faveurs du monopole pour

prévenir la cessation d'une industrie qui lui fournit ses meilleurs matelots.

5. Un cachalot dans l'Adour en 1742

d'après les registres de la ville de Bayonne.

Le 1er avril 1741, un cachalot ou petite baleine entra dans l'Adour, s'engagea ensuite dans la Nive, d'où il regagna l'Adour. Un

grand nombre de marins, accoutumés à la pêche, s'étant mis à sa poursuite avec leurs harpons, il fut tué auprès de l'île d'Aygue-

Méou. Il avait cinquante pieds de longueur sur vingt-huit pieds  de circonférence, et produisit douze barriques et demie d'huile,

trois barriques de gros lard, quatorze barriques de sperme ou blanc, une boule d'ambre pesant six livres. Au mois d'octobre 1747,

une autre baleine échoua sur la côte de Capbreton.

Note : ces naufrages de baleines ou cachalots sont assez fréquens sur cette côte. Le 6 avril 1824  on a trouvé, sur la côte de la

Benne, une baleine gibbar, ayant cinquante pieds sept pouces ( 16,43m) de longueur de tête en queue, et vingt-deux pieds (7,14

m) de circonférence. Sa mâchoire supérieure avait huit pieds onze pouces de longueur, et l'inférieure neuf pieds trois pouces.

 

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